ico hp12cSortie en 1981 en même temps que la HP-11C, voici une assez ordinaire calculatrice en notation polonaise inversée (RPN), à peine programmable en langage-machine spécialisé, avec juste l'originalité de fonctions financières et statistiques. Et pourtant, elle est toujours fabriquée de nos jours... trente ans de carrière, et ce n'est pas fini ! Qu'à-t'elle donc de si particulier ?

hp logo

 

Certes, elle est bien assez bien conçue, performante dans ses fonctions spécialisées, c'est une Voyager (de la famille des HP-10C, 11C, 15C et 16C), elle est d'une fiabilité étonnante, mais pourquoi ? Même pas de programmation sophistiquée, même pas d'afficheur alphanumérique, aucun périphérique...

Doit-on y voir le conservatisme des financiers, qui après avoir appris à se servir d'une machine, veulent en avoir de disponible durant toute leur vie ? Doit-on y voir le fait que c'est une des deux types de machines autorisées à certains examens (analyste financier) américains ? Doit-on y voir la machine parfaite ? En tous cas, Hewlett Packard, qui devait avoir des difficultés à fabriquer encore de si anciens composants, s'est donné la peine d'en faire une version rénovée, avec une électronique actuelle !

 

La machine

D'un format tenant bien en main comme en poche, c'est une élégante machine en plastique noir réhaussé d'une façade dorée, dotée de 39 touches au pan coupé et au déclic doux (spécialité HP) et d'un afficheur de dix chiffres (et six indicateurs) sans autre capacité alphanumérique que d'afficher "running", "error" ou "pr error" (la HP-41C antérieure savait écrire, pourtant). Au dos, une trappe à piles (qui sert rarement, vu l'autonomie réelle de la machine !) et un intelligent aide-mémoire sur les fonctions financières et la répartition des registres statistiques.

Rajoutez-y l'habituel manuel HP (épais, didactique, bref de qualité) et un étui en plastique souple livré d'origine et on a fait le tour. Une machine efficace mais simple, même si un peu d'alphanumérique aurait été agréable (ne serait-ce que la liste du programme, comme sur une TI-66). Qu'a-t'elle donc de spécial ?

 

hp12c

 

Utilisation directe

En mode calcul, c'est une HP typique : notation polonaise inversée (RPN) avec une pile de registres X, Y, Z, T, LastX et une touche ENTER qui amène à faire 1 ENTER 1 + pour une banale addition (puisqu'il n'y a pas de touche = ). Pour des calculs simples, on s'y habitue vite, même si ce n'est pas naturel au début.

Et c'est une financière : des fonctions de calculs de date, de prêt, bénéfices, crédit-bail, rendement à échéances, dépréciation etc... à revendre et très intelligemment conçues suivant le modèle de "rentrer toutes les données sauf une, la machine calculera automatiquement celle manquante) qui permet directement d'étudier par exemple plusieurs plans de financement, en faisant évoluer l'une ou l'autre des données du problème. On y trouve aussi des fonctions statistiques sur deux variables (les financiers aiment bien les graphiques moyennés) et des logarithmes (toujours pour les moyennes) , mais pas de fonctions mathématiques genre trigonométrie : on est pas là pour faire des maths, les HP-10C, 11C et 15C sont là pour çà !

Donc une financière pratique pour les calculs prévus par le constructeurs, mais d'autres marques en ont fait des similaires. Alors pourquoi un tel succès ?

 

Programmation

En programmation, c'est aussi une HP typique, mais d'avant la HP-41C : une régression qui se sent dès que l'on passe en mode programme par la touche P/R, par un affichage de codes numériques bien lourd : chaque pas représente une séquence de touches, chaque pression de touche générant un code "numéro de ligne, numéro de colonne" ! C'est-à-dire que s'il est affiché 04-43,33 01, cela signifie pas 04, touche g bleue, touche CLEAR PRGM / R↓ / GTO, touche 1 que l'on décode ainsi : touche de préfixe g bleue, donc fonction bleue de la touche (c'est GTO), argument 1. Bref : GTO 1. On vous avait dit que c'était lourd...

En plus, c'est une programmation limitée au strict essentiel : deux test x≤y et x=0, un GTO uniquement sur numéros de pas (pas de labels), pas de boucles, de sous-programmes, de drapeaux, rien d'autre ! Même son éditeur est limité : SST et g BST pour relire la liste, mais pas d'insertion ! Soit on réécrit la suite de la liste, soit (comme le préconise le manuel), on loge un GTO menant en fin de liste, et là on écrit les pas manquants, avant de terminer par un GTO atterrissant juste après le précédent ! Le tout sur 8 pas de programme et 20 mémoires automatiquement transformées en pas de programme à fur et à mesure des besoins jusqu'à 99 pas et 0 mémoire, c'est pas immense !

Bref, une programmation peu lisible et peu performante. Ce n'est donc pas cela qui lui a permis de durer plus de trente ans, mais quoi alors ?

 

Périphériques dédiés

Absolument et strictement aucun.

 

Conclusion

On est loin des machines ultraperformantes, demandant des jours ou des mois à être maîtrisées...la HP-12C est d'un format pratique à utiliser sur un coin de table encombré de documents comptables, indigente en programmation mais performante dans ses fonctionnalités. Et surtout simple à utiliser des ses fonctions financières : si c'était ça, la raison de son succès, sa simplicité ?

Tout est-il qu'elle se vend toujours très bien de nos jours !

 

Evolution

La HP-12C originelle a connu de nombreuses modifications internes, listées chronologiquement ci-après :

HP-12C, versions à façade dorée et 3 piles :

  • microprocesseur 1LF5-0301 et ROM / RAM / Display driver 1LE2-0308 sur deux circuits imprimés (configuration originelle)
  • idem mais sur un seul circuit imprimé,
  • microprocesseur 1LM2-0001 et ROM / RAM / Display driver 1LH1-0304 sur un seul circuit imprimé
  • microprocesseur / ROM / RAM / Display driver 1LQ9-0322 monochip
  • microprocesseur / ROM / RAM / Display driver 1RR2-0001 monochip

HP-12C, version à façade dorée et 1 pile :

  • microprocesseur / ROM / RAM / Display driver 2AF1 monochip

HP-12C Platinum ou Prestige, versions à façade argentée (face avant totalement argentée pour la Prestige) et 1 pile, fonctionnant en émulation du microprocesseur et de la ROM d'origine :

  • microprocesseur / ROM / RAM / Display driver Sunplus SPLB20D2 (65C02-like core) monochip : 400 pas, quelques fonctions supplémentaires et possibilité limitée de calcul algébrique (touche = )
  • idem mais possibilité complète de calcul algébrique (touches = et parenthèses) ; a servi de base pour la série spéciale "25th anniversary" en 2006

HP-12C, version à façade argentée et 2 piles (actuelle), fonctionnant en émulation du microprocesseur et de la ROM d'origine :

  • microprocesseur / FlashROM et RAM / Display driver Atmel AT91SAL7L128 (ARM core) monochip : 400 pas, quelques fonctions supplémentaires et possibilité complète de calcul algébrique (touches = et parenthèses)

Cette version beaucoup plus rapide dispose dans le compartiment à pile d'un connecteur permettant de modifier la ROM Flash.

 

Evidemment, devant le considérable succès commercial de la HP-12C, quelques clones d'origine plus ou moins mal définie (mais certainement pas autorisés par HP !) ont même vu le jour :

  • Victor V12
  • Compucessory CCS 28958
  • Aurora FN 1000
  • SwissMicros DM-12

Leur apparence est parfois très différente (notamment l'Aurora), parfois assez proche (Victor), mais on y retrouve toutes les caractéristiques d'une HP-12C : il suffit de regarder les fonctions des touches pour s'y reconnnaître !
 

Quelques ruses

Pour lancer son auto-test, appuyer sur x, ne pas relâcher puis appuyer sur ON et relâcher tout : le test se lance ("running") et se termine (normalement...) par l'affichage de tous les segments et indicateurs de l'afficheur (même ceux, tel USER, qui ne concernent pas la HP-12C mais les 10C, 11C ou 15C : l'afficheur était le même pour toutes les Voyager !).

 

Le coin du collectionneur

Voici la première machine ancienne de collection que vous pouvez acheter réellement neuve, puisqu'elle est toujours en production...Les variantes principales se reconnaissent par leur couleur de façade, leur nombre de piles et la présence ou non de parenthèses. Pour les variantes intermédiaires, il faut démonter !

Pour le reste, ces machines sont d'une fiabilité étonnante, autant que leur autonomie : un possesseur de version 3 piles a changé les siennes, enfin usées...au bout de plus de dix ans !

 

Caractéristiques techniques : Hewlett Packard HP-12C

Première acquisition : avril 2002

Microprocesseur : plusieurs modèles successifs (voir "Evolutions" ci-dessus)
Système de calcul : notation polonaise inversée (RPN ou Reverse Polish Notation), avec les quatre opérations, puissance, logarithme et exponentielle, racine carrée, puissance, signe, valeur absolue, partie entière (10 chiffres affichés, ou 7 plus exposant jusqu'à +/-99) ; fonctions statistiques sur deux variables ; les dernières versions disposent d'un mode optionnel de calcul algébrique (avec touche = et parenthèses)
Langage de programmation : langage-machine spécialisé
Mémoire : de 99 pas et 0 mémoire à 8 pas et 20 mémoires

Afficheur : à cristaux liquides 7 segments (soit 10 chiffres) et 6 indicateurs
Dimensions : 127x78x15mm
Poids : 110 g.
Alimentation : 3 piles type IEC LR44 DC 1.5V, 1 ou 2 piles type IEC CR-2032 DC 3V (suivant la version)
Autonomie : 200 heures

Accessoires d'origine : manuel, étui, piles
Date de sortie en France : novembre 1981 (première publication dans l'Ordinateur Individuel n°32)
Prix en France : 1040 francs (septembre 1983)

 

Référence : les revues de l'époque

  • Essai dans Micro-Systèmes n°21 page 153 (janvier-février 1982)
  • Publicités commune "séries 10"  dans Science et Vie Micro n°18 page 99 (juin 1985), n°19 page 11 (juillet-août 1985), n°20 page 70 (septembre 1985), n°22 page 56 (novembre 1985), n°31 page 15 (septembre 1986)

 

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