ico p101Vue d’aujourd’hui, la Programma 101 est une calculatrice programmable. Sa capacité de stockage est très limitée, mais elle dispose de suffisamment d’instructions pour être classée dans la catégorie ordinateurs et affirme fièrement ne pas être dépendante d’un ordinateur central. Les Italiens y voient le premier PC.

 

olivelogo

L’histoire informatique Olivetti

Le premier ordinateur italien date de 1959 et est un succès. L’Elea 9003 est une réalisation du Laboratorio di Ricerche Elettroniche d’Olivetti. Il utilise alors des solutions novatrices malgré les difficultés de conception qu’on pouvait imaginer à l’époque.
En ce temps-là, Adriano Olivetti était un patron charismatique qui comprenait l’importance de l’électronique et de l’informatique balbutiante. Son fils Roberto devint administrateur de la Diivisione Elettronica Olivetti (DEO) en octobre 1962.

 

La Perottina

C’est entre 1962 et 1964 que Piergiorgio Perotto (1930-2002) conçoit un système compact, mais complet destiné au calcul. Il a préalablement travaillé au grand projet du superordinateur ELEA 9003 en s’occupant de la partie périphérique. C’est avec la confiance de Roberto Olivetti qu’il travaille avec beaucoup de liberté sur son nouveau concept. À cette époque, seules les grosses calculatrices mécaniques permettent d’avoir un peu de puissance de calcul dans les labos. Mais ce sont pour ainsi dire, de simples machines 4 opérations. Pour les besoins plus élaborés, il faut recourir à l’ordinateur central ce qui est beaucoup plus lourd et limite les calculs. L’idée de Perotto est de réfléchir à un système compact et économique offrant une puissance de calcul intéressante, au sein même des laboratoires. De cette réflexion est bâtie la Programma 101. Il cherche, comme il l’a lui-même écrit, « une machine avec laquelle on ne privilégie pas la vitesse ou la puissance, mais plutôt l’autonomie fonctionnelle » Les Italiens disent ainsi que ce sont les fondements de l’ordinateur personnel.
En 1964, la DEO est revendue à l’américain General Electrics. Piergiorgio reste chez Olivetti et continue de disposer de toute liberté pour mener à bien son projet. À cette époque, Natale Capellaro est directeur technique chez Olivetti. Le grand maitre des calculateurs mécaniques a notamment conçu la célèbre Divisumma 24. Il comprend que l’électronique offre bien plus de potentiel pour l’avenir du calcul de bureau.
En novembre 1965, la Programma 101 est dévoilée au salon de la bureautique BEMA à New York. Elle devient rapidement la vedette. Elle est disponible pour un prix modéré. La presse ne tarde pas à l’encenser. 40 000 unités se vendent la première année dont 90 % aux USA.
Si son approche peut sembler absconse en regard des canons informatiques d’aujourd’hui, la Programma est simple à mettre en œuvre et fiable. Elle continuera d’être utilisée jusqu’au début des années 70.

 

Il futuro

D’une telle avancée technologique, Olivetti ne saura pas établir une domination du marché pour créer la révolution micro-informatique. En cédant sa division informatique à General Electrics, elle s’est coupée de ressources et de savoir-faire. Le réseau de distribution n’était pas armé pour gérer un produit aussi novateur. Perotto a synthétisé avec intuition la technologie disponible à l’époque. Olivetti ne peut franchir le pas suivant, en utilisant notamment les microprocesseurs et les mémoires numériques.
En 1968, Olivetti propose la Programma P102, en tous points équivalents, mais disposant d’une connectique série en complément. On peut ainsi brancher imprimante et lecteur ou perforateur de carte.
Suivront ensuite la P203 et les P 602 et P652.

 

olivetti p101 girl

 

Techniquement

En 1965, pas de microprocesseur, pas de mémoire RAM, pas de ROM. C’est une ligne à retard qui fait le travail. Il s’agit d’un fil métallique ou l’on stocke l’information séquentiellement sous forme magnétique. La longueur détermine la capacité de calcul. La Programma dispose de dix registres de 22 chiffres et 48 instructions. On opère ensuite avec une logique à transistor et par déplacement de contenu. Les registres sont sécables pour optimiser l’utilisation et libérer de l’espace.
En ajoutant aux instructions arithmétiques une possibilité de saut conditionnel, Perotto construit le calculateur complet. Un judicieux système de cartes magnétiques permet de gérer la programmation par cartes, l’imprimante se chargeant d’afficher les valeurs numériques.
Le nombre d’instructions est limité, et c’est à l’opérateur de savoir jongler pour opérer les calculs souhaités. L’exemple le plus simple et le plus parlant montre la simplicité du système :
Pour effectuer l’incrémentation de 1 du registre A, soit A=A+1, on divise A par lui-même et on ajoute le résultat à A…
Malgré cette rusticité, Perotto a peaufiné tous les détails de la Programma pour lui garantir une utilisation ergonomique. La lecture des cartes est un des points les plus novateurs de la machine.
Ce système fut breveté par Olivetti en mars 1965 et fut même ensuite utilisé par HP dans sa série 9100.
Le design de l’« Ordinateur Personnel » Programma est un autre aspect important. Comme avec toutes les productions d’Ivrea, c’est l’équipe de designers d’Etorre Sottsass qui en a la charge. Mario Bellini signe ainsi une de ces premières réalisations. Il a traduit un esprit Titanic à l’imposant objet, censé trôner sur un bureau. Certes, les lignes ne sont pas les plus épurées qui soient, mais l’ensemble dispose d’une allure certaine. En replaçant l’objet en 1965, on comprend que la Programma dispose d’un design réellement travaillé. À l’époque, l’ordinateur n’est qu’un placard et la machine à écrire ou à calculer un tas de ferraille. Ici, Bellini nous offre un paquebot avec une proue et une poupe, pour traverser sereinement un océan de chiffres.

 

 

Olivetti Programma 101

olivetti p101

 

 

 

 

Première acquisition : Octobre 2001
Don : anonyme
Constructeur : Olivetti (Italie)
Modèle : Programma 101
Année/Prix: fin 1965/ $3200 aux USA à l’introduction

CPU : logique discrète à Transistor
RAM/ROM : 8 registres (baptises M, A, R, B, C, D, E et F)de 22 chiffres plus virgule et signe, et deux registres d’instructions. Ces derniers peuvent stocker 48 instructions.
Graphisme : imprimante 28 caractères par ligne en 30 cps, voyant rouge d’erreur et vert de fonctionnement
Mémoire de Masse : lecteur de carte magnétique, port série sur la 102

Dimensions : 48x19x61 cm et 29 kg

Clavier numérique réduit à 12 touches (10 chiffres, virgule et signe négatif)
Fonctions : 5 touches pour les opérations arithmétiques(+ - * / et racine carrée)
3 touches pour le transfert de données entre les registres
2 touches pour l’impression et la mise à zéro des registres
Touches de départ et d’arrêt
4 touches de sélection parmi 16 sous-programmes
Touche d’annulation totale
Touche d’annulation de la dernière saisie
7 touches de sélection des registres
Touches d’enregistrement et d’impression de programme
Molette de prédisposition des décimales
Verrouillage du clavier
Interrupteur de marche/arrêt

 

 

 

 

 

La P101 ? Du lourd.

olivetti p101 trippes

 

 

Mémoire

8 registres (baptisés M, A, R, B, C, D, E et F) de 22 chiffres plus virgule et signe, et deux registres d’instructions. Ces derniers peuvent stocker 48 instructions.
A noter M, A, et R sont utilisés pour les opérations arithmétiques.
M est le register Median ou register de distribution.
A est le registre arithmétique
R est le registre de reste

B C D E F servent de stockage

Outre certaines fonctions de base genre valeur absolue,
La machine dispose de saut. On peut ainsi faire une boucle, choisir une sous-routine et brancher automatiquement. Il y a deux types de saut, conditionnel ou inconditionnel. Ce dernier est rustique. On vérifie si le registre A est supérieur à zéro.

 

Un éventail italien ? Non. Un jeu de cartes magnétiques pour Olivetti Programma 101.

 

olivetti p101 cartes magnetiques 

 

Un programme

Exemple d’un programme pour le  calcul de c = a – b. Cela illustre le saut conditionnel en testant pour a+, - ou la valeur 0 dans le registre A (d’après la doc Olivetti)

 

Début d’un programme. En appuyant sur la touche V

A V

Stoppe la P101 pour entrer la valeur a.

S

Transfère une valeur au registre A.

Flèche vers le bas

Stoppe la P101 pour entrer la valeur b.

S

Soustraie b de a, développe c dans le registre A.

_

Échange c avec le registre M pour conserver. 

Fleche haut-bas

Transfère c vers le registre A pour évaluation.

Flèche vers le bas

Si c > 0 saute à A/V.

/ V

Si c < 0 prend la valeur absolue de c.

A Fleche haut bas

Si I c I > 0 saute à B/W.

C / W

Si I c I = 0 imprime une ligne vide.

/ Diamant

Retour au point de démarrage AV.

V

Début de la routine pour Ic I> O.

B / W

Imprime le c négatif contenu dans le registre M. 

Diamant

Retour au point de démarrage AV. 

V

Début de la routine pour c > O. 

A / V

Imprime le c positif contenu dans le registre M.

A diamant

Retour au point de démarrage A

V

-

 

La Programa Nostra

Après plus de 50 ans, elle a besoin d’une sérieuse révision. Toutes les courroies sont cuites et la graisse a collé certains mécanismes. En revanche c’est l’électronique qui fait peur et les risques d’auto-destruction sont forts. Le chantier devient immense. Il en vaut la chandelle. Combien existe-t-il de Programma et combien fonctionnent encore ?

 

Comme l'annonce la publicité.

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