ico hp25Lancée en 1975, la HP-25 fut la première programmable de la gamme Woodstock qui se voulait "économique". Au sens HP du terme, ce qui en faisait malgré tout une machine chère, mais pas aussi inabordable que les HP-67 et HP-97 lancées en même temps. Avec la TI-57 de performances voisines mais apparue deux ans plus tard, elle aura contribué à l'initiation à la programmation d'une génération d'étudiants...

 

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En effet, à l'époque le club très fermé des programmables de poche comptait essentiellement des Hewlett Packard : les anciennes 65 et 55, les nouvelles 67 et 97 et une concurrente notable : la Texas Instruments SR-52. Toutes positionnées dans le haut de gamme de leurs marques respectives, avec évidemment un prix en rapport. Pour ceux qui ne pouvaient se les offrir, HP a proposé un modèle bien plus simple, mais suffisant pour s'initier à la programmation.

 

La machine

C'est un boîtier beige à façade noire d'assez petite taille malgré son épaisseur. Un afficheur à diodes électroluminescentes (DEL) de dix petits chiffres rouges, et deux interrupteurs (allumage/ extinction et mode programme), un agréable clavier de 30 touches seulement à pan coupé et déclic doux (la signature HP !) nécessite la présence de deux touches de préfixe f (jaune) et g (bleue) pour accéder à toutes les fonctions de cette machine, et une prise permet de recharger les accumulateurs intégrés sous un cache au dos. On en a vite fait le tour, car c'est à son usage qu'on en apprécie l'intérêt.

 

Utilisation directe

Cette petite HP-25 est d'abord une calculatrice scientifique très honnête pour l'époque, avec un ensemble de fonctions (devenues classiques depuis) : trigonométrie en degrés, radians ou grandes, logarithmes, carré et racine carrée, inverse, élévation à une puissance, mais aussi statistiques sur deux variables, fonctions INT et ABS, conversions de coordonnées polaires en rectangulaires et de degrés décimaux en sexagésimaux, l'utile et l'indispensable y sont.

Un confort supplémentaire est apporté par les huit mémoires accessibles par STO et RCL (avec arithmétique directe possible par STO + - x ÷ ) et par les fonctions d'affichage en notation scientifique (touche EEX) qui peuvent être formatées par les fonctions FIX, SCI et surtout ENG qui permet l'affichage par puissance de trois, très pratique pour s'y retrouver entre les milliers, les millions et les milliards...

Le tout en notation polonaise inversée, méthode désormais traditionnelle chez HP, avec une pile de quatre registres et Last X, que l'on peut manipuler avec les touches de service ENTER↑, R↓ et x↔y. Moins naturelle que la notation algébrique, cette méthode a cependant des avantages : pas besoin de parenthèses, des résultats intermédiaires immédiatement disponibles et surtout c'est plus simple à concevoir ! Par contre, l'habituel argument -souvent mis en évidence à l'époque- du moindre nombre de pressions de touches pour réaliser un calcul complexe n'est guère applicable à cette machine, pour une raison simple : il faut passer par l'une ou l'autre de ses touches de fonctions f et g pour obtenir la quasi-totalité de ses fonctions !

 

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Programmation

 L'interrupteur de droite permet d'accéder à un autre monde, que peu de calculatrices de l'époque permettaient, la programmation. Bien sûr, ses capacités sont bien inférieures à celles de ses grandes soeurs HP-65 et 55, mais son prix aussi... Et l'on a que l'indispensable : branchements (GTO) sur numéro de pas (pas d'étiquettes), inconditionnels ou conditionnels (avec huit test disponibles), une fonction PAUSE bien pratique pour lire des résultats intermédiaires (et qui manquait cruellement à sa devancière HP-65 !), et l'indispensable touche R/S pour lancer (ou interrompre) un programme, il y a l'essentiel pour programmer, même si un DSZ ou ISZ eut été bien agréable, et des sous-programmes n'auraient pas été un luxe non plus. L'essentiel aussi en matière de mémoire, mais à condition de rester vraiment modeste dans ses ambitions : 8 mémoires numériques certes mais 49 petits pas de programme seulement...

Heureusement que les codes combinés (une instruction complète ne prend qu'un seul pas, même si elle est complexe comme STO + 1 par exemple) et que le RPN permettent uner écriture concise des programmes. Concise mais pas toujours très lisible, d'autant que le codage du programme (lisible par BST et SST) n'est pas le plus clair jamais conçu : 01 15 02 se lit pas 01, touche de 1ère ligne et 5ème colonne (c'est la touche g bleue) puis touche 2 (les touches numériques ne sont pas codées en ligne et colonne). Il faut donc comprendre que c'est la fonction préfixée g (bleue) de la touche 2 qui est appelée, et cette fonction est x2. Autrement dit, il y a x2 au pas 01 :  compréhensible mais pas clair, c'était le lot commun de toutes les programmables de l'époque, non alphanumériques (il faudra attendre 1979 et la HP-41 pour voir enfin apparaître un affichage lisible).

A noter qu'à l'allumage, la mémoire-programme n'est pas à zéro comme chez le concurrent Texas Instruments : elle est remplie de GTO 00 (code 13 00), ce qui évite de le taper lorsque l'on veut un programme qui boucle sur lui-même...

 

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Illustrations extraites du manuel de l'utilisateur

 

Périphériques dédiés

Pour ne pas tomber en panne de batterie ni immobiliser la machine sur son chargeur, était vendu sous la référence 82028A un boîtier de rechargement extérieur. L'utiliser systématiquement permettait aussi d'éviter le risque de griller la machine en cas de pack de batteries défectueux (voir "Quelques ruses" ci-dessous).

HP vendait aussi sous la référence 82029A un "Security cradle", boîte se verrouillant à clé et pouvant s'arrimer aux meubles (ou au murs ) avec un câble d'acier, enfermant la machine pour éviter tout vol... Cette habitude perdurera jusqu'àux imprimantes 82143A et 82161A pour HP-41, qui disposaient elles aussi d'un anneau d'arrimage antivol. Il faut dire aussi que les prix pratiqués par Hewlett Packard encourageaient la convoitise !

 

Quelques ruses

Si tous les points décimaux de l'afficheur s'allument, ce n'est pas un défaut, mais l'annonce de la fin de batterie, dans la minute qui suit d'après le manuel...

Précaution d'emploi à respecter impérativement : cette machine ne doit en aucun cas être alimentée par son chargeur sans que le bloc d'accumulateurs soit en place, et en état de fonctionnement : brancher une telle machine avec un bloc en court-circuit est la meilleure façon de griller les circuits intégrés, le chargeur en question délivrant alors ses 10V directement dans la machine !

 

Evolution

La HP-25 Squash à mémoire volatile sera remplacée dès 1976 par une version identique mais à mémoire continue, la HP-25C Squish. C'était l'une des premières machines à disposer de ce perfectionnement bien agréable...

La HP-25 fait partie de la famille Woodstock, qui compte également la non-programmable HP-21 Pumpkin, la financière HP-22 Turnip, la scientifique et financière HP-27 Salad et la programmable (un peu) plus musclée HP-29C Bonnie.

Les HP-25 et 25C seront remplacés en 1977 par la série Spice, et particulièrement la HP-33E et HP-33C Sage : boîtier différent, mais performances identiques et prix en baisse...

 

Le coin du collectionneur

En raison du risque important évoqué en rubrique "Quelques ruses", il est impératif de vérifier si la machine est bien en état de fonctionnement avec son seul bloc d'accumulateurs avant de l'acquérir. Pour le reste, il s'agit d'une machine fabriquée avec des critères de qualité aussi élevés que son prix d'époque, et donc sans problème notable. Par contre, étant assez emblématique de sa période, elle est assez recherchée donc toujours chère, et la version C l'est encore plus !

 

Caractéristiques techniques : Hewlett Packard HP-25

Système de calcul : notation polonaise inversée avec une pile de 4 registres et Last X, fonctions trigonométriques, logarithmiques, conversion polaire en rectangulaire, conversion décimal en sexagésimal et leurs inverses ; partie entière, valeur absolue, carré, racine carrée, statistiques sur deux variables ; capacité de dix chiffres plus exposant jusqu'à +-99
Langage de programmation : RPN
Mémoire : 8 mémoires numériques et 49 pas de programme, non constants sur HP-25 (constants sur HP-25C)

Afficheur : diodes électroluminescentes rouges 7 segments à dix positions
Connecteurs : prise spécifique HP pour chargeur
Dimensions : 130x68x30mm (1)
Poids : 170 g. (1)
Alimentation : pack de batteries HP 82019A (HP-25 uniquement) ou 82019B (HP-25 ou HP-25C) contenant 2 unités nickel-cadmium type KR06
Chargeur : HP 82024A, temps de charge 6 heures machine éteinte, 17 heures machine allumée (1)
Autonomie : 3 à 5 heures (1)

Accessoires d'origine : pack de batteries, chargeur, manuel d'utilisation (120 pages en français), manuel "Programmes d'applications" (160 pages en fançais), guide de référence rapide, housse souple (1)

Date de sortie : 1975 (HP-25), 1976 (HP-25C)
Prix public : HP-25 : 1300 francs en février 1976 ; HP-25C : 1362 francs en décembre 1976

(1) : Données constructeur

 

Référence : les revues de l'époque

Etude détaillée dans Science & Vie n°701 (février 1976)